Bucciali TAV 8-32 Flèche d'Or : démesure à la française sur traction avant
PAUL CLÉMENT-COLLIN - 9 août 2019
Lorsque l’on parle de Traction Avant, c’est souvent le nom de Citroën qui résonne dans les têtes. Ses 7, 11 ou 15 introduisirent en masse la traction en lieu et place de la propulsion, autorisant tenue de route et performances avec des moteurs de moindre puissance. Pourtant André Citroën ne fut pas le seul à imaginer des automobiles de type “traction”. Les frères Bucciali se lancèrent dès les années 20 dans la production de voitures sportives et luxueuses, aboutissant à leur unique chef d’oeuvre, la Bucciali TAV 8-32, carrossée par Saoutchik et surnommée la Flèche d’Or.

Paul-Albert Bucciali deviendra Lieutenant dans la célèbre escadrille des Cigognes durant la guerre, pilotant des Spad aux côtés du capitaine Guynemer (ici sur photo). Il en reprendra l’emblème pour sa marque.
L’aventure des frères Bucciali commence à Boulogne-sur-Mer. Paul-Albert adore la musique, joue du piano et a un fort penchant pour la mécanique. Angelo, lui, se passionne pour un nouveau sport, la compétition automobile, et entraîne son frère sur les courses locales, lui insufflant la même passion que lui. Si Paul-Albert rêve de construire une voiture de course, il lui faudra un peu de temps pour atteindre son rêve. Après des études de philosophie, il décide en 1911 de construire en autodidacte son propre aéroplane, surnommé Buc, qu’il pilote avec brio. La guerre venue, c’est tout naturellement dans la toute nouvelle Aéronautique Militaire qu’il se trouve engagé (créée en 1912, elle ne deviendra Armée de l’Air qu’en 1934).
Une TAV 8-32 moteur V12 « Avions Voisin »
La TAV30 est dotée d’un moteur Lycoming à 8 cylindres, sur la base du châssis renforcé de la TAV8. Elle est présentée en 1931 au Salon de Paris, carrossée par Saoutchik. Deux autres exemplaires seront vendus et fabriqués en 1932 et 1933. Mais revenons à la TAV 8-32. A partir du châssis de la TAV30, les Bucciali vont présenter en 1932 une limousine imposante de plus de 6 mètres de long, particulièrement luxueuse et mue par un V12 sans soupape de 120 chevaux (une forte puissance à l’époque, surtout sur une traction) fourni par Gabriel Voisin (lire aussi : Avions Voisin C25 Aérodyne) qui partage la passion de l’aéronautique avec Paul-Albert Bucciali. La Bucciali TAV 8-32 fait sensation au salon de Paris, avec sa superbe carrosserie signée Saoutchik, ses roues de 24 pouces et ses cigognes dorées sur les flancs du capot moteur.

La fameuse TAV8-32 dessinée par Saoutchik, appelée Flèche d’or
Malheureusement, le marché de l’automobile de luxe en France s’est effondré : la crise de 29 commence à toucher l’économie française en ce début des années 30, et un seul client se manifestera, Georges Roure, qui l’avait achetée avant même le Salon de Paris (et insister pour choisir Saoutchik comme carrossier). Cette TAV 8-32 sera surnommée la Flèche d’Or. Roure ne gardera pourtant pas longtemps la Flèche d’or et la revendra en 1933 à un riche banquier, le Comte Rivaud (fondateur avec ses frères de la Banque Rivaud). Celui-ci décida de modifier la TAV8-32 en conservant la superbe carrosserie, mais en l’adaptant sur un châssis Bugatti.


Disparue puis rénovée
La voiture disparaît des radars et ne réapparaîtra que dans les années 70. Raymond Jones, un collectionneur, réussit à retrouver le châssis original, la carrosserie, ainsi qu’un V12 Voisin et entreprend sa reconstruction à l’identique. Il faudra beaucoup de temps pour retrouver ou refaire les pièces spécifiques de cette TAV 8-32 puisque la voiture ne sera terminée qu’en 1997. Elle sera vendue aux enchères en 1998 à un riche collectionneur suisse, Jan Bosch.

L’entreprise Bucciali, elle, doit fermer ses portes en 1933. Les deux frères tentent bien de se relancer, mais sans succès. Angelo meurt en 1946 tandis que Paul-Albert retrouvent un poste de salarié chez Cotal dans les années 50. Il sera mis à contribution dans les années 70 pour aider à la reconstruction de la Flèche d’Or, mais meurt en 1981 à l’âge de 91 ans sans avoir pu revoir son oeuvre à nouveau achevée.

Evidemment, il est toujours possible d’envisager de racheter la Bucciali TAV 8-32 qui refit surface en 2006 au concours d’élégance de Peeble Beach. Cependant, il faudra sûrement beaucoup d’arguments et surtout une solide fortune pour s’offrir le plaisir d’une Cigogne sur les flancs. Sachez qu’il ne reste quasiment plus de Bucciali ni même beaucoup de Buc, et qu’il faudra beaucoup de patience (et sûrement de la chance) pour trouver une TAV, quel que soit le modèle.
Source : CarJager